These are the Nights

Choco

Déjà jeudi, 4 jours que mon stage a commencé.

Mon tuteur était en télétravail aujourd’hui, alors il m’a dit de rester chez moi et il m’a envoyé un peu de taff. Avec la connexion que j’ai, c’était l’enfer pour tout télécharger.
Je n’ai pas encore fini. Disons que j’ai fait les 3/4 du minimum syndical, et que j’aimerais en faire un peu plus, mais le logiciel que je dois utiliser plante tout le temps. Bref.

Pour l’instant, je ne sais pas si j’aime vraiment mon nouveau labo. Je ne mange pas avec les autres, je ne parle pratiquement pas. J’ai toujours eu ce genre de problèmes, je ne sais pas m’intégrer. Je ne sais jamais quoi dire, ni comment le dire. Comment masquer ma timidité, comment jouer le rôle d’une personne avenante, qui sait que sa place est ici et qui le revendique.

Je crois que j’ai toujours été comme ça. En maternelle en tout cas, je me rappelle que je m’occupais le plus souvent seule (des perles en bois colorées ?), que je ne faisais jamais le premier pas avec les autres enfants. Les institutrices en avaient parlé à mes parents. Elles m’avaient décrite comme trop sage. Et je sais qu’à l’époque, j’en étais obscurément fière.
Aujourd’hui, ça me casse un peu les couilles. J’aimerais juste être normale. Savoir comment aborder les autres sans avoir l’air cringe, savoir nouer des relations.

J’ai des amis, j’ai déjà su m’en faire, mais si peu finalement.

Après, je ne sais pas encore comment sont les gens de mon labo, j’ai besoin de les observer encore un peu, j’imagine, avant d’oser vraiment leur parler. C’est triste, parce que je suis quand même un peu curieuse de savoir sur quoi ils travaillent.

J’ai vu passer plusieurs fois ma chef, elle ne m’a jamais adressé la parole. Ca me pèse pas mal. J’imagine que c’est à moi de faire le premier pas, mais pour dire quoi ?

Enfin bon. Je voulais juste laisser ces quelques mots là.

Mon ancien labo me manque.
Là-bas, plusieurs personnes étaient venues vers moi, avaient cherché à m’intégrer. Le doctorant, évidemment, mais pas que lui. Tout était beaucoup plus simple. Lumineux et propre.
Après, ça ne s’était pas fait du jour au lendemain, ça avait pris plusieurs semaines, peut-être même plusieurs mois. Peut-être que ce sera la même chose ici, que finalement, après un moment, tout ira très bien.
Je ne sais pas trop.

Je ne sais pas pourquoi je suis comme ça. C’est assez pénible.
J’avais commencé à évoluer à un moment, avec le doctorant, et bim, retour à la case départ. C’est insupportable.

Oh. J’aurais voulu aussi parler d’un aspect qui m’a un peu choquée dans ce nouveau labo, mais ça me paraît compliqué de pouvoir le faire, tout en conservant un minimum d’anonymat.
Disons qu’ici, ils ont beaucoup moins de moyens que là d’où je viens, et qu’il y a pas mal de règles "de bon sens" qui ne sont pas appliquées. Ou qui ne peuvent pas l’être, je ne sais pas. Mais dans ces conditions, je me demande ce qu’il adviendra de mon projet.

Sinon, mes longs trajets en bus et ma solitude le soir, sans Tom, m’ont libéré pas mal de temps libre, et je peux enfin avancer dans mes lectures. En vrai, j’adore vraiment ça. Je suis pelotonnée sous ma couette, une boisson chaude à portée de main, et je lis, en entendant Tom vivre sa vie de son côté, au téléphone. On ne parle pas forcément, mais on laisse cette porte ouverte entre nous, tous les soirs depuis que je suis ici, et ça a quelque chose de vraiment rassurant.
Je ne comprends pas trop comment ça peut autant tromper mon cerveau, mais vraiment, ça change tout.

Bon. Sur ce, j’aimerais finir ce que j’ai commencé.

EDIT 19h40:
J’ai oublié d’en parler, mais tout à l’heure (vers 14h ?), quelqu’un a essayé d’entrer chez moi.
J’étais en pyjama sur mon pc, quand on a toqué à ma porte. Comme d’habitude, j’ai freezé et n’ai pas répondu. J’allais à peine amorcer un mouvement vers mon jean, pour l’enfiler, et ouvrir, lorsque ce quelqu’un a essayé d’entrer. Dans le sens où il a appuyé plusieurs fois sur ma poignée et qu’il a inséré une clef dans ma serrure. Comme j’avais laissé la mienne, il n’a pas pu ouvrir. Il a retoqué encore une fois, a ressayé sa clef, avant d’abandonner, et de partir. Et je suis restée pétrifiée tout du long.

Je suis en résidence étudiante, mais personne ne m’a prévenue que des gens essaieraient de passer aujourd’hui. Et personne non plus n’était censé être au courant qu’exceptionnellement aujourd’hui, je serai chez moi en journée.
Comme cette personne a toqué avant d’essayer ses clefs, ce n’est pas un autre résident qui s’est trompé de porte.

Je ne comprends pas comment on peut essayer d’entrer chez quelqu’un sans son consentement, en le croyant absent. Dans la mesure où je paie un loyer, je considère que je suis chez moi ici, et que je suis censée être la seule à avoir les clefs. Je ne sais même pas si la personne qui a essayé d’entrer fait partie des employés de la résidence. Personne ne s’est annoncé, rien. Je n’ai entendu personne parler dans le couloir.

Mon père m’a dit que lorsqu’il avait visité la résidence avec le propriétaire, il s’était trompé et qu’il lui avait ouvert une chambre occupée, qu’ils avaient eu le temps de voir des affaires un peu partout, et des pieds dépasser d’un lit.
J’essaie de m’accrocher au fait que c’est peut-être un truc du même genre (même si vraiment, ça craint déjà), mais si ça l’était, j’aurais dû entendre des voix, au moins des chuchotements.
Cette personne était vraisemblablement seule.

Et le pire, c’est que maintenant, quand je vais partir travailler, j’aurais toujours cette peur que quelqu’un entre chez moi en mon absence.
Comment savoir si ce n’est pas déjà arrivé cette semaine ?

Ca m’angoisse un peu.
Genre, et si c’était un pervers, venu sniffer mon linge sale ?

Je ne comprends toujours pas.
Est-ce que je suis censée en parler à quelqu’un ?